dimanche 17 juillet 2016

L’organisateur de la rafle du Vél d’Hiv aida au sauvetage d’une jeune juive

Emile Hennequin dirigeait la police municipale lors de la rafle du Vél d'Hiv, il y a 74 ans, les 16 et 17 juillet 1942.

Sous ses ordres, 7.000 policiers et gendarmes sont partis à la chasse aux juifs dans Paris et sa proche banlieue. 13.152 personnes seront arrêtées, dont 4.115 enfants, enfermées dans le Vélodrome d’Hiver, avant leur déportation.

Emile Hennequin (photo SFHP)

Directeur de la police municipale, Emile Hennequin donna les instructions pour l'organisation méticuleuse de la rafle du Vél d'Hiv (Source : CDJC-XX-14b et ci-dessous l'ordre de réquisition des cinquante autobus).
Son action lui vaudra une promotion au poste de directeur général de la police municipale le 1er janvier 1943.
La rafle du Vél d'Hiv n’ayant pas permis d’atteindre l'objectif de 15.000 arrestations, Hennequin suggéra au préfet, dans un rapport du 20 juillet, d’utiliser le renouvellement des cartes d’alimentation pour arrêter les « israélites » ayant échappé à la rafle...
Né le 6 décembre 1887 à Paris, Hennequin débuta en 1910 comme agent de la police impériale de Russie à l’ambassade russe à Paris. Inspecteur stagiaire en 1912, tularisé en 1913, commissaire en 1922, il rejoint l’Indochine en 1931.

Revenu à Paris en 1934, il est commissaire du 15e arrondissement en 1936, puis du 9e en 1937. Commissaire divisionnaire en 1938, il est promu directeur adjoint de la police municipale le 1er décembre 1940. (Source : Société Française d'Histoire de la Police)



Hennequin réquisitionne 50 autobus


Indirectement, Emile Hennequin participa au sauvetage d’Ida Seurat-Guitelman

Cette jeune juive obtiendra des autorités allemandes une exemption de l’étoile jaune demandée par son mari, policier à la préfecture de Paris.
Ce dernier est chaudement recommandé par Hennequin qui, le 30 octobre 1942, signe cette recommandation : " Je soussigné, Directeur de la Police Municipale, certifie que M. Seurat, Emile, est employé à la Préfecture de Police en qualité de Gardien de la Paix.
M. Seurat est un excellent agent, d'un bon esprit, dévoué et travailleur ".
(Source : CDJC-XXVa-203)


La recommandation signée Hennequin (CDJC-XXVa-203)
Emile Seurat va joindre cette attestation à sa demande, transmise au service IV J de la Gestapo.

A 35 ans, ce simple gardien de la paix, ancien chauffeur du maréchal Foch pendant son service militaire, rédige une courte lettre au Commandant du " Service juif allemand " : 

" Je me permets de solliciter de votre haute bienveillance une dérogation pour le port de l'insigne de ma femme, Seurat, Ida, née Guitelman, le 7 septembre 1915 à Paris. Française d'origine Israélite, mariée à Paris le 29 juin 1935.

J'ai un fils né en 1938, baptisé catholique, inscrit dans une école chrétienne. 
Je suis gardien de la paix, Préfecture de Police Paris depuis le 4 janvier 1932.

J'affirme que ma femme ne pratique pas la religion juive.

Dans l'espoir que ma demande sera accueillie favorablement je vous prie de croire Monsieur le Commandant à mes respectueuses salutations « . 

Ida Seurat-Guitelman avait 27 ans en 1942
Une semaine plus tard, Ida Seurat-Guitelman obtient sa précieuse dérogation datée du 4 novembre 1942. 

La recommandation d’Hennequin ne faisait pas référence à la demande d'exemption mais, indéniablement, elle apportait un gage de sérieux.

Que recouvrait vraiment la mention " bon esprit " du gardien de la paix Emile Seurat ? 
Entre eux, s'agissait-il d'une simple solidarité policière ?
Sa mansuétude paraît surprenante compte tenu de son implication dans la chasse aux Juifs.
Comment expliquer ce " coup de pouce " en faveur du mari d'une juive ? A-t-il imposé à Emile Seurat une contrepartie ?
Le mystère demeure.

Lors de l’insurrection de la préfecture le 19 août 1944, Hennequin sera arrêté par un groupe franc de la police municipale le 27 août 1944.

Révoqué le 8 février 1945, on lui reproche d’avoir « développé l’action de la Police municipale contre les patriotes et a ainsi favorisé l’ennemi ».

On lui rappelle notamment la création de brigades d’interpellation, l’exécution de surveillances pour le compte des autorités allemandes et surtout d’avoir accepté de faire procéder à des rafles massives de juifs.

Il sera condamné en juin 1947, par la cour de Justice de la Seine à huit ans de travaux forcés, à la dégradation nationale et à la radiation de l’ordre de la Légion d’honneur.
Gracié en 1948, il sera mis à la retraite d’office. On ignore la date de son décès...

Thierry Noël-Guitelman

neveu d'Ida Seurat-Guitelman

2 commentaires:

Yiddish Criquet a dit…

Si vous connaissez sa date et son lieu de naissance parisien, vous pouvez demander une copie intégrale de son acte de naissance. Sur celui ci, apparaîtra sa date et lieux de dècès.

N'oublions jamais ! a dit…

Merci !