samedi 21 mai 2016

29 mai 1942 : mais que s'est-il donc passé ce jour là ?...

29 mai 1942 - 29 mai 2016 : soixante quatorze ans après, un rappel historique s'impose car la France oublie trop facilement les dates qui dérangent sa conscience. 

Le journal "Le Matin" du 1er juin 1942

Vendredi 29 mai 1942, dimanche 7 juin 1942...
Ces jours terribles comptent parmi les plus humiliants de la Seconde Guerre Mondiale.
La première date correspond à la promulgation, par le Militärbefehlshaber in Frankreich - le commandement militaire allemand - de la 8e ordonnance * . Elle interdisait aux Juifs, français et étrangers de zone occupée, dès l'âge de six ans, de paraître en public sans porter l'étoile jaune. 

Ce signe distinctif reprenait le symbole du judaïsme de l’étoile de David (en hébreu : magen David, bouclier de David), déjà imposé en Pologne au 1er décembre 1939, sous la forme d'un brassard. 
L'étoile à six pointes apparut dès mai 1941 en Croatie, en septembre 1941 en Allemagne et en Roumanie, puis fin avril 1942 aux Pays Bas et le 1er juin en Belgique. 

La seconde date marque l'entrée en vigueur du marquage infâme, avec la contribution active de l'Etat français de Vichy pour la distribution des étoiles dans les commissariats de police, et les sous-préfectures.
Imprimées à 400.000 exemplaires, trois étoiles par personne étaient prévues pour 100.455 Juifs (61.684 français et 38.591 étrangers).

Le tampon JUIF : une initiative du gouvernement de Vichy
Si le port de l’étoile jaune n’a pas été étendu à la zone sud après l'invasion allemande du 11 novembre 1942, le gouvernement de Vichy imposa par la loi du 11 décembre 1942, la mention « Juif », tamponnée à l'encre rouge, sur les cartes d’identité et d’alimentation dans toute la zone sud. Un dispositif déjà en vigueur à Paris, suite à une ordonnance du préfet de police du 10 décembre 1941.
"Moi vivant, l'étoile juive ne sera pas portée en zone libre " avait dit Pétain au grand rabbin Isaïe Schwartz. (Témoignage de Paul Estèbe, chef adjoint du cabinet de Pétain à Raymond Tournoux, cité dans "Pétain et la France", Plon 1980, p.305)
Et Laval, dans ses mémoires rédigées dans sa cellule, apportera des précisions sur ce "tampon" : " Je refusai l'obligation que les Allemands et le commissariat général voulaient imposer aux Juifs en zone sud de porter l'étoile jaune. Les Allemands (...) avaient exigé la loi instituant l'obligation de faire figurer le mot "Juif" sur les cartes d'identité et de ravitaillement. (...) Ce fut le moindre mal, car l'insertion sur les cartes ne gênaient pas les Juifs vis-à-vis des autorités françaises. Elle leur permettait d'échapper, comme travailleurs, au départ pour l'Allemagne, car j'ai toujours donné l'instruction de les exclure des départs. Ils furent seulement requis au tout dernier moment pour les chantiers Todt et il y en eut un nombre infime "... 
Laval "oublie" seulement les déportations massives effectuées depuis la zone sud !

Sans état d'âme, en parallèle des législations antisémites allemandes, Vichy instaura par toute une série de lois et décrets l'antisémitisme d'État, avant d'apporter sa contribution active à l'antisémitisme d'extermination.


STRATEGIES DE SURVIE ET REFUS
Dans ce contexte implacable d'élimination des Juifs du paysage français, des stratégies de survie ont été élaborées : refus du recensement, passages clandestins de la ligne de démarcation, placements d'enfants, réseaux de sauvetage et actions individuelles des Justes.
L'étoile jaune, marqueur discriminatoire, deviendra aussi un enjeu de refus :
> Le Pr Robert Debré, qui mène par ailleurs des actions de résistance, sera interrogé par la police en mai 1943. L'inspecteur note dans son rapport que le médecin "s'est présenté à plusieurs reprises dans les bureaux allemands sans porter l'étoile". 
Relevé de toutes les interdictions du statut des Juifs par décret du 5 janvier 1941, il soigne notamment des enfants d'officiers allemands. "Quoique prétextant que les autorités occupantes ne le considèrent pas comme Juif, le Pr Debré n'en est pas moins recensé à la préfecture de police et ne possède aucune dispense de l'étoile". (CDJC-CCXXXVIII-117)
    > Des avocats et des avoués décidèrent de ne pas porter l'étoile au Palais de justice de Paris. 
    Le bâtonnier Jacques Charpentier profita des vacances judiciaires de juillet à octobre pour faire traîner la situation, suite à la demande du chef du service juif de la SS de Paris transmise au Commissariat Général aux Questions Juives, de lui "signaler les cas d'infractions avec l'adresse des intervenants". (CDJC-XXIII-6, ordre du 15 juillet 1942)


    M. Jacob (1876-1944)

    > Le poète Max Jacob, converti au catholicisme en 1915, qui vit depuis 1936 à l'abbaye de Fleury à Saint-Benoit-sur-Loire (Loiret), écrira dans une lettre : "Deux gendarmes sont venus enquêter sur mon sujet, ou plutôt au sujet de mon etoile jaune. Plusieurs personnes ont eu la charité de me prévenir de cette arrivée soldatesque et j'ai revêtu les insignes nécessaires". Son frère aîné sera déporté à Auschwitz en février 1943 mais Max Jacob refusera les offres de ses amis voulant le faire passer en zone libre ou lui procurer des faux papiers. En janvier 1944, sa soeur sera envoyée à Drancy et Max Jacob sera arrêté le 24 février par la Gestapo. 
    Il mourra épuisé d'une pneumonie à l'infirmerie de Drancy le 6 mars 1944.


    > Des gestes de solidarité apparaîtront lors de l'entrée en vigueur de l'ordonnance allemande : trois jours après l'introduction de l'étoile, la Sipo-SD de Paris relève qu'une quarantaine de personnes ont été arrêtées pour défaut d'étoile, ou pour avoir porté d'autres insignes, des étoiles fantaisistes avec des inscriptions comme "zazou", "swing", "potache", "papou". Juifs et non Juifs ont été envoyés à Drancy ou à la prison des Tourelles pour les femmes. Les jeunes de moins de 18 ans, ont été relâchés après 24 ou 48 h. (CDJC-XLIXa-33) 
    > Un sujet largement développé dans " Amis des Juifs - Les résistants aux étoiles " (Tirésias 2005) de Cédric Gruat et Cécile Leblanc.
    >
    Hélène Berr
    Dans son Journal (Tallandier 2008), Hélène Berr donne un témoignage très éclairant de l'atmosphère qui régnait au lendemain de l'entrée en vigueur de l'ordonnance allemande.


    > Henri Szwarc, dans "Souvenirs : L'étoile jaune", rappelle : "Il n'était pas question de ne pas porter l'étoile, nous étions trop connus dans notre rue et à la merci d'une dénonciation. Nous avons par ailleurs reçu la visite d'un inspecteur chargé de vérifier jusque dans les armoires, que les étoiles étaient bien cousues sur nos vêtements". (Annales. Économies, Sociétés, Civilisations vol. 48, n° 3, 1993, p. 629-633)
    • Des protestations seront lancées par les autorités religieuses 
    > Chez les catholiques, le cardinal Suhard, archevêque de Paris, autorise l'initiative d'un groupe de Jécistes demandant le 7 juin - dimanche de la Fête-Dieu - , de protester à la chaire de l'église de la Sorbonne.  Le chanoine Jean Rupp dira : " Une mesure incompréhensible pour l'âme française et où elle se refuse de se reconnaître, vient d'être prise par les Autorités d'Occupation. L'immense émotion qui étreint le Quartier Latin ne >nous laisse pas insensibles. Nous assurons les victimes de notre affection bouleversée et prions Dieu qu'il leur donne la force de surmonter cette terrible épreuve ".
    A la Sainte Chapelle, au cours de la messe réunissant le barreau parisien des avocats, le prédicateur, suppléant du cardinal, rappelle que "Juifs et chrétiens sont des frères ". (CDJC-XLIXa-94a : rapport d'un indicateur de la Gestapo).

    Dans de nombreuses paroisses d'arrondissement, des prêtres prendront position. (CDJC-XLIXa-92). Même à Vichy, "le RP Victor Dillard, devant ses fidèles de l'église Saint Louis, les invite à prier pour les 80.000 juifs que l'on bafoue en leur faisant porter l'étoile jaune. " (cité par Georges Wellers : Un Juif sous Vichy - Tirésias 1991, page 221)


    Le pasteur Bertrand
    • Chez les protestants, le pasteur André-Numa Bertrand, vice-président du Conseil de la Fédération protestante de France écrit dès le 12 juin au maréchal Pétain afin " de lui exprimer la douloureuse impression éprouvée (...) devant les nouvelles mesures prises par les autorités d'occupation à l'égard des israélites ". (CDJC-CXCV-36_001)
    Dans son sermon du 7 juin, le jour même où l'étoile jaune devait être portée, il déclarait : " Depuis ce matin, nos compatriotes israélites sont assujettis à une législation qui froisse dans leur personne et dans celle de leurs enfants, les principes les plus élémentaires de la dignité humaine ".
    Mandaté par le Conseil de la Fédération protestante de France, le pasteur Marc Boegner, président, remettra personnellement à Pétain, le 27 juin 1942 une lettre, relayée à tous les pasteurs de zone occupée, pour protester contre le port de l'étoile. 
    On y lit : " Ce port d'un insigne distinctif inflige à des Français une humiliation gratuite, en affectant de les mettre à part du reste de la nation (...) Aussi, les Eglises du Christ ne peuvent-elles garder le silence devant des souffrances imméritées ".

    > Un silence surprenant lié à l'isolement de ses dirigeants, repliés à Lyon, confrontés aux contradictions internes de la communauté juive. Une résignation en dépit de la rencontre entre le cardinal Gerlier et le grand rabbin Kaplan, en août 1942, contre les déportations massives des Juifs des camps de zone libre. Prévenu qu'un train de déportés du camp de Rivesaltes stationnerait en gare de Perrache le 11 août, Jacob Kaplan sera empêché de s'en approcher par la police. Il ira à l'archevêché de Lyon pour demander une protestation publique en chaire. Le 17 août, il transmet au cardinal Gerlier des informations sur la déportation des Juifs allemands et roumains, avec la preuve de l'extermination de ces derniers. Gerlier écrira à Pétain. (lire Sylvie Bernay : L'Eglise de France face à la persécution des Juifs 1940-1944 - CNRS Editions, p. 312 à 364)
    Les dirigeants de l'Union générale des israélites de France appelaient quant à eux à "porter l'insigne dignement et ostensiblement", comme le rappelle Renée Poznanski dans "Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre Mondiale" (Hachette, 2005, page 292 et CDJC-CCXIV-5).
    • En vain, des demandes d'exemption seront formulées, émanant d'associations ou de divers corps constitués : la Fédération des amputés de guerre, l'Ordre des médecins (en faveur de la veuve de Fernand Widal, mort en 1929, qui fut un ami de Pétain), les sapeurs-pompiers de Paris (requête du colonel Simonin, commandant du régiment, refusée par Oberg, chef supérieur de la SS et de la police).

    EXEMPTIONS : POUR LES "AMIES JUIVES" 

    DE PETAIN ET LES AUTRES...

    • Les mesures d'exemption prévues par la réglementation seront finalement peu utilisées : 
    " Lors de circonstances spéciales, dans l'intérêt du Reich, des dérogations à l'ordonnance peuvent être prévues dans des cas isolés" précisait le paragraphe 1 des dispositions d'application de l'ordonnance. (CDJC-CDXXVIII-82)
    Une brèche dans laquelle le maréchal Pétain s'engouffra pour demander quelques exemptions.
    En aucun cas il ne s'agissait de protéger les Juifs français de manière collective, en donnant en échange à l'ennemi les Juifs étrangers - la fameuse théorie du bouclier défendue après guerre par Raymond Aron, et reprise en 2014 par le polémiste Eric Zemmour -. 

    Pétain voulait seulement protéger quelques très rares relations mondaines. 
    Le maréchal en fait la demande dans un courrier adressé le 12 juin 1942 à Fernand de Brinon, son ambassadeur auprès des autorités d'occupation. (AN F60 1485)
    La liste devait être communiquée le 22 juin pour être transmise au chef supérieur des SS et de la police. 
    Alors que les allemands misaient sur une centaine de demandes (CDJC-XLIXa-90a), le cabinet de Pétain transmet le 3 juillet, seulement trois demandes d'exemption concernant :
    - la marquise Marie-Louise de Chasseloup-Laubat (1879-1964)
    - sa sœur la baronne Lucie-Ernesta Girot de Langlade (1882-1944), filles du banquier Louis Stern
    - la générale Billotte, née Catherine Nathan (1883-1965), veuve depuis 1940 du général Gaston Billotte, gouverneur militaire de Paris de 1937 à 1939.

    >
    Mme Girot de Langlade devant son château à Cuts (Oise)
    Mme Girot de Langlade n'obtiendra pas l'exemption et sera finalement arrêtée le 3 janvier 1944. Déportée à Auschwitz par le convoi n° 66, elle périra à la chambre à gaz le 24 janvier 1944). 

    (Lire notre étude complète sur ce cas, objet d'erreurs répétées de plusieurs historiens)

    Déjà, 19 juin 1942, le SS-Sturmbannführer Herbert Hagen avait transmis à son commandement les conclusions d'une réunion tenue en présence de l'ambassadeur d'Allemagne Otto Abetz, pour d'autres demandes d'exemption réclamées par Pétain, en faveur de la veuve de Bergson - qui réussira à se réfugier en Suisse avec sa fille Jeanne -, l'écrivain Colette - qui n'était pas juive ! - et le pianiste classique Constantin Konstantinoff, chargé de la programmation musicale de Radio Paris. 
    Aucune décision n'avait alors été prise. (CDJC-XLIXa-91b)

    > Le dispositif dérogatoire de la 8e ordonnance prévoyait aussi l'exemption pour des Juifs étrangers issus des "pays belligérants, alliés et des pays neutres" pour "éviter les représailles contre les ressortissants allemands ainsi que les interventions des pays neutres" précise le 13 mai 1942 Théodor Dannecker, chef de la section IVJ de la Gestapo à Paris. (CDJC-XLIXa-13). 
    Ainsi, 9.837 personnes seront concernées d'après la préfecture de police.
    Les pays concernés sont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, les états ennemis d'Amérique centrale ou du sud, Italie, Grèce, Turquie, Bulgarie, Suisse, Espagne, Brésil, Canada.

    26 EXEMPTIONS...

    >
    Une note secrète d'Heinz Röthke (CDJC-XXVa-164)
    Le 25 août 1942, une unique note signée Heinz Röthke, chef du service juif de la SS de Paris, dresse une liste de 26 exemptions de l'étoile, accordées à titre provisoire jusqu'au 31 août, avec prolongation possible de trois mois. (CDJC-XXVa-164)
    L'épouse de l'ambassadeur de Brinon, née Jeanne-Louise Franck (1896-1982), y figure en premier. 
    Suivent trois exemptions non nominatives faites à la demande de Pétain. 
    Outre Mme de Chasseloup-Laubat et la générale Billotte - dont l'exemption qui aurait été accordée ne figure pas dans les archives - la comtesse Suzanne Sauvan d'Aramon (1887-1954), épouse du député de Paris Bertrand d'Aramon qui vota les pleins pouvoirs à Pétain, et fille du banquier Edgar Stern, obtient son exemption le 13 juillet 1942. (CDJC-XXVa-172)
    Arrêtée, elle sera internée à Drancy le 25 juin 1944.

    Les exemptions permettront aussi de faciliter la présence allemande sur le sol français :
    Huit exemptions seront accordées pour de "pressants motifs économiques", afin de permettre le travail de cadres Juifs dans des entreprises au service des allemands.
    Sept autres exemptions concernent les services de contre-espionnage.
    Six sont accordées à des Juifs "travaillant avec la police anti-juive", indicateurs, dénonciateurs.
    Une exemption, formulée par le service de renseignements allemand, concerne Josef Hans Lazar, chef de la propagande allemande en Espagne.
    Trois exemptions sont accordées à des marchands d'art Juifs (Allan et Emmanuel Loebl, Hugo Engel) chargés d'alimenter le projet de musée voulu par Hitler à Linz, en Autriche, et les collections pillées par le maréchal Hermann Göring.

    Enfin, quelques très rares exemptions répondront à des demandes individuelles (cas de mariages mixtes, présentation de certificats de non appartenance à la "race juive") avec des appuis au plus haut niveau. 

    >
    Marcel Lattès (1886-1943)
    Lire les cas d'Ida Seurat-Guitelman et du compositeur Marcel Lattès.


    Ida Seurat-Guitelman a pu obtenir une exemption grâce à un courrier adressé avenue Foch, au siège de la Gestapo, par son mari, policier, qui bénéficia du soutien d'Emile Hennequin, le chef de la police parisienne, qui participa de près à la rafle du Vel d'Hiv.

    Marcel Lattès, compositeur de talent, auteur de comédies musicales et de musiques de films, avait été arrêté le 12 décembre 1941 avec d'autres français israélites. Libéré grâce à Sacha Guitry et son frère banquier, son exemption obtenue en mai 1943 lui avait permis de retravailler jusqu'à son arrestation le 15 octobre 1943. Il sera déporté à Auschwitz par le convoi n°64 du 7 décembre 1943.

    En général, la plupart des demandes d'exemption sont refusées, même lorsqu'elles sont transmises par les autorités préfectorales.
    Maurice Papon à la préfecture de Bordeaux entre 1942 et 1944

    > A son procès, en 1998, Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde, soutiendra avoir " sauvé des juifs " à l'occasion d'interventions multiples. 
    Il assura que ses services accordèrent 1.182 dérogations au port de l'étoile jaune (951 français et 231 étrangers). Des dérogations au demeurant impossibles puisqu'elles relevaient des seules autorités allemandes.
    Lorsque le procureur général interroge Papon sur l'application de la 8e ordonnance, il répondra : " le premier choc que j'ai eu en arrivant à Bordeaux, ça été l'étoile jaune qui venait d'être distribuée quelques jours avant mon arrivée. J'en ai constaté les effets et j'en ai condamné les méthodes (...) L'étoile jaune c'était en mai. Dès juillet, les allemands exigeaient la livraison d'hommes et de femmes innoçents. "
    Papon (1910-2007) sera condamné à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité. Après guerre, il n'avait jamais été inquiété et mena une longue carrière de préfet, en Corse, en Algérie, à Paris comme préfet de police de 1958 à 1967. Il sera impliqué sans suite dans la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 du FLN, puis du 8 février 1962 où neuf manifestants seront tués au métro Charonne.
    Député gaulliste du Cher de 1968 à 1981, ministre du budget de 1978 à 1981, il est rattrapé par son passé en 1981, suite à un article du Canard Enchaîné, mais son procès n'aura lieu qu'après 17 ans de bataille juridique.
    • Jacques-Félix Bussière, préfet du Loir-et-Cher, transmettra le 26 juin 1942 au ministère de l'Intérieur une demande déposée par une commerçante de Romorantin, Alice Houlmann-Lévy, 73 ans, et son employée Claire Kahn, 61 ans. Il lui sera répondu qu'il n'appartient pas au ministère " d'accorder de telles dispenses, ni même de les transmettre aux autorités allemandes ". Les deux femmes, arrêtées pour " action anti-allemande " seront déportées respectivement à Sobibor le 25 mars 1943, et à Auschwitz le 31 juillet 1943.
    • Louis Tuaillon, sous-préfet d'Oloron Sainte-Marie, écrira un courrier courageux au chef de la Sûreté allemande le 29 mai 1943 à propos des juifs évacués de la côte Basque " mis dans l'obligation de porter l'étoile jaune et de se présenter chaque semaine à la mairie ". En l'absence d'instruction il refuse de faire suivre d'effet ces demandes et rappelle qu'aucun texte français n'a imposé l'étoile en zone sud. (archives départementales Pyrenées-Atlantiques SDA 64). Nommé préfet de Lot-et-Garonne, puis à Limoges et Marseille. Arrêté par la Gestapo d'Agen en juin 1944, il sera déporté. Nommé préfet de Moselle en 1945, il meurt à 43 ans en 1947.
    • Colette, mariée depuis 1935 à Maurice Goudeketn'obtiendra pas d'exemption pour son mari. Arrêté en décembre 1941, interné à Drancy puis à Compiègne, il échappa à la déportation grâce aux interventions de Sacha Guitry, Brasillach et Drieu la Rochelle. Libéré le 6 février 1942, il sera caché jusqu'à la Libération. Le 31 mai 1943, Colette avait adressé un courrier au ministre de l'Interieur pour que Goudeket obtienne une dérogation au port de l'étoile mais le Commissariat général aux questions juives lui fait savoir le 19 juin que les autorités allemandes ont répondu "qu'aucune dérogation n'était admise". (CDJC-CXIII-9)
    Nelly Frankfurter avait 17 ans (Archives départementales 37)
    • Nelly Frankfurter, 17 ans, d'origine Polonaise, vit avec sa famille expulsée de Gironde au camp de La Lande, près de Tours. Elle écrivit le 31 mai 1942 une lettre poignante au général-chef de la Kommandantur de Paris. (CDJC-XLIXa-51b). 
    Elle écrivait : " J'ai de la peine à concevoir que je ne pourrai plus me trouver en société sans provoquer chez certains un sentiment d'animosité. J'aime tous les êtres humains sans distinction, et me voir repoussée par ceux que j'aime, surtout par mes camarades de classe, me cause un vif chagrin (...) Je m'adresse donc à votre bonté, à vos sentiments humains qui, j'en suis sûre, sont aussi forts qu'en moi ". En guise de réponse, elle sera arrêtée puis déportée à Auschwitz avec sa mère Alla, 54 ans, par le convoi n°8 du 20 juillet 1942. Son père, Stanislas, 59 ans, directeur commercial à Bordeaux, sera déporté à Auschwitz par le convoi n° 31 du 11 septembre 1942.

    29 mai 1942, 7 juin 1942 : ces deux dates ne peuvent être oubliées !

    Thierry Noël-Guitelman

    * Document consultable sur le site du Mémorial de la Shoah/CDJC

    > Ressources documentaires à consulter :

    France TVéducation : Shoah, le port infamant de l'étoile jaune

    Concours national de la résistance et de la déportation : éphéméride du réseau Canopé


    Mémorial de la Shoah

    D'autres livres incontournables sur le sujet :

    - Serge Klarsfeld : L'étoile des Juifs (L'Archipel 1992)
    - Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton : Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy 2015)
    - Léon Poliakov : L'étoile jaune - La situation des Juifs en France sous l'Occupation - Les législations nazie et vichyssoise (Grancher 1999)
    - Maurice Rajsfus : Opération étoile jaune (Le Cherche Midi 2002)
    - Bernard Ullmann : Lisette de Brinon, ma mère - Une Juive dans la tourmente de la Collaboration (Complexe 2004)
    - Richard H. Weisberg : Vichy, la Justice et les Juifs (Archives contemporaines 1998)
    Françoise Siefridt : J'ai voulu porter l'étoile jaune (Robert Laffont 2010)

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